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la plume de Cat

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28 septembre 2017

Photographies

Au fond d'un tiroir poussiéreux et en désordre, elle m'attend, la boîte remplie de photographies. Jaunies, cornées, pliées, elles attendent patiemment depuis des années, qu'on les regarde, qu'on se souvienne.

Je soulève le couvercle avec appréhension. Elle semble se jouer de moi, cette boîte! A l'intérieur, tout semble bien rangé, mais ce n'est qu'une apparence. Les photographies d'enfance côtoient directement celles des diplômes, des mariages, des naissances. J'en pioche quelques unes au hasard. La star, c'est moi. En même temps, la boîte s'appelle Alexandra.

Je regarde ces clichés, une demi douzaine de Moi à des âges variés. Ici en petit rat de l'opéra amateur, là pour l'anniversaire de mes parents. Sur un poney, pour ma communion, et pour mon mariage.

Mais ce ne sont pas mes différents visages qui attirent mon regard. C'est celui qui se tient sur chacun des clichés, ici une ombre, juste une main, son sourire, une présence rassurante. Je ne me souviens pas qu'il était sur la photo, avant de la revoir d'un oeil neuf aujourd'hui. Mais je me souviens encore moins de la dernière fois où je lui ai dit merci, ou je t'aime.

Pourtant je l'aime! Mais ça ne se dit pas entre nous. On le sait, c'est évident, donc pas besoin de le dire. Il m'aime aussi, j'en suis certaine, d'un amour inconditionnel, c'est évident aussi. Sa façon de se tenir comme mon ombre, pour me protéger, vaut bien tous les mots.

Mais les années ont passé et il n'est plus le trentenaire qui me tient sur un poney pour ne pas que je tombe, le quinqua qui est fier à mes côtés dans l'allée de l'église.

Assise devant cette boîte poussiéreuse, je sens que ce non-dit me pèse. Alors je fais ce que j'aurais dû faire depuis des années, je décroche mon téléphone. Dans ma main, une photo où une enfant qui me ressemble l'enlace sans pudeur. Où est passé cette étreinte, depuis combien de temps?

Au bout de trois sonneries, sa voix retentit dans le combiné, celle du premier et dernier homme de ma vie.

"Papa? C'est moi, Alexandra. C'était juste pour te dire que je t'aime"

Une larme roule sur ma joue. Je ne savais même pas qu'elle existait, cette larme. Mais je sais que cet amour existera toujours.

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25 mars 2017

La fleuriste de Beaumont

C'est jeudi aujourd'hui, et elle déteste le jeudi. Elle a déjà 3 jours dans les pattes, et il en reste encore 2 après avant le dimanche bien mérité. Puis le jeudi, il y a tous les arrivages du week end. Toutes ces brassées de fleurs, à enfermer dans leur chambre froide, à trier, étiqueter, préparer. Elle est fleuriste voyez vous, mais pas la fleuriste joyeuse, un peu hippie, très douée qui transforme la moindre petite marguerite en chef d'oeuvre artistique. Elle, elle galère un peu à faire un bouquet rond, avec ses deux mains gauches. Elle n'est pas non plus la propriétaire de la petite boutique sur l'avenue Beaumont, donc elle doit subir les remarques acerbes de sa chef. Et ce jour là, à à peine 10h15, les remarques ont déjà rempli une bonne partie de la page de son calepin. 

Pourtant les fleurs, c'est sa passion. Les couleurs, les textures, leur signification spirituelle pour les maris en galère et pour leurs femmes exigentes. Quand elle regarde une fleur, elle oublie tout: sa vie minable dans sa chambre de bonne, au 7ème sans ascenseur. Son quart de siècle, atteint péniblement en ce demandant où avaient bien pu filer ces années, et ce qu'elle avait bien pu faire de bien durant tout ce temps. Son célibat, qui ne lui pèse pas tant que ça quand on cotoie tous les jours des myriades d'hommes infidèles, en retard pour l'anniversaire de mariage, ou même blasés de leur vie conjugale qui pensent qu'un bouquet de gerbera leur ouvrira les cuisses de leur femme. Quand elle regarde une fleur, elle se dit que toute la beauté du monde se situe dans ces pétales délicats, cette couleur délicate, ce parfum léger ou entêtant. 

Ce jeudi là, elle est absorbée par le parfum d'une brassée d'oeillets fraîchement arrivés. Ils lui rappellent sa grand mère, elle se sent nostalgique, et un peu triste. Elle est en train de les arranger sur le trottoir, le soleil de juin chauffe son dos et ses cheveux, qu'elle ramène toujours en queue de cheval pour travailler. 

 Ce jeudi là, elle attend quelqu'un. Comme tous les jeudis. Son rayon de soleil, cette bouffée d'air qui lui fait fondre le coeur. Il s'appelle Louis, et il a 84 ans. Tous les jeudis, aussi loin qu'elle puisse s'en souvenir, il vient, le journal sous le bras, acheter très exactement neuf roses. Quatre blanches, quatre roses foncées et une rouge sang.

Louis ne parle pas beaucoup, il est du genre taiseux, avec son visage buriné et ses larges sillons qui marquent son visage. Malgré cela, on devine qu'il a été d'une beauté rare dans sa jeunesse. Ses yeux bleus sont doux et tristes à la fois, de ceux qui ont vu trop de choses qui ne s'oublient pas. Sa conversation se limite aux formules de politesse, et il choisit lui même ses roses. Il a toujours la monnaie juste, tant et si bien que même la patronne s'est résignée à continuer à lui faire payer le même prix malgré les augmentations d'année en année .

Quand il repart, son bouquet à la main, une nouvelle étincelle fait briller ses yeux. A force de persévérance, la jeune fleuriste a réussi à découvrir la signification de ce petit rituel. Les roses blanches représentent les 4 filles de Louis; les roses, ses 4 garçons, et la rouge sang, celle qui les lui a donnés. Et tous les jeudis, Louis renouvelle le bouquet qui trône fièrement sur la table en chêne de leur salon, représentation éternelle de sa famille, des êtres les plus chers à son coeur, d'un amour patriarcal qui s'exprime à travers ces fleurs. 

Louis, c'est sa bouffée d'air pur, devant un amour si beau, si ancien, ancré dans les âges, reflété dans chacune de ses rides. Un amour d'un autre temps, une galanterie disparue, un rêve pour la jeune fille romantique et fleur bleue qu'elle est, un peu désabusée par le comportement des hommes d'aujourd'hui. Louis, c'est l'espoir de trouver enfin un jour un homme qui ait le 10ème de cet amour qui brille au fond de ses yeux. 

Elle relève la tête de ses oeillets, et elle aperçoit sa silhouette familère qui arrive lentement au bout de la rue. Elle sourit, elle se sent mieux. 

28 août 2016

féminisme: n.m.

Je suis féministe. Je suis née à la fin du 20eme siecle, bien loin des révolutions vestimentaires, parlementaires pour les femmes. Ce féminisme, c'est un peu un acquis de mes prédécesseurs (intéressant ce mot, qui n'existe pas au féminin..) 

Mais maintenant, en 2016 et depuis quelques années, ce féminisme se bat contre le harcèlement de rue. Parce que la société a continué a faire de la femme un objet, et qu'elle a continué a dire aux hommes qu'ils peuvent juger, héler et insulter toutes les femelles dès qu'elles sont dans un lieu public, quoi qu'elles portent. Les réseaux sociaux sont porte parole de ce combat, a travers des caméras cachées, des longs articles poignants de femmes qui racontent. 

Je suis féministe, mais je ne me retrouve pas dans ce harcèlement. Je ne suis pas une de ces filles a la mode qui marchent et se font siffler dans les rues de Paris, ou de n'importe quelle autre ville. Je ne dis pas qu'elles le méritent, que ca ne leur porte pas préjudice. Je le comprends tout a fait. Mais je ne suis pas elles. 

Je peux me promener a Paris seule, meme en robe, sans avoir de remarque désobligeante sur ma tenue. Je ne me fais pas klaxonner ni siffler, quelle chance. Mais je voudrais vous parler d'un autre harcèlement dont je suis très régulèrement victime, aussi loin que mes souvenirs remontent. 

Je suis harcelée sur mon physique, car je ne rentre pas dans les cases de la normalité de notre société. Je ne suis pas jolie de visage, même si je ne me trouve pas difforme. Je n'ai pas un corps svelte, je ne dépasse pas le mètre 60 et j'accumule les kilos en trop. Je ne suis pas une gravure de mode. 

Sur ces conclusions, je ne me fais pas harceler de la façon "médiatique" actuelle. Je récolte sur ma route des brimades, des ricanements, des moqueries. Meme pas voilés, annoncés bien forts, que je puisse les entendre, que ça me blesse. Le plus souvent de personnes en groupe, de tout âge. Mais même de certains en voiture, qui me crient des insultes par la fenêtre. 

"oh putain, elle est belle elle!" "gros cul" ou même juste de façon implicite "ce cul!", j'ai même eu droit a être appelée "le truc" par des amis d'une amie. Charmant. Et c'est une liste non exhausitve de ce que j'ai pu entendre depuis une vingtaine d'années.  Même à l'écrit, j'ai mal en citant les moqueries dont je suis victime, j'en ai trop honte. Mais je sais qu'il faut que je me force, pour toutes celles qui sont dans le même cas que moi. 

Je ne suis pas jolie, mais je ne l'ai pas choisi. Je ne suis pas jolie, mais j'ai le droit de me promener dans la rue sans être mise plus bas que terre. 

Quand j'entends une de ces réflexions, mon coeur saigne, et au delà de la haine que j'ai pour cette personne qui se moque, je me déteste à moi aussi. Je suis la victime qui a honte. Celle qui baisse la tête et marche rapidement pour qu'on la remarque le moins possible. 

Quand ces moqueries sont faites au primaire, ce ne sont que des enfants. Je suis partie de mon village d'origine. Trop de souffrances. 

Quand ces moqueries sont faites au collège, ce ne sont que des adolescents. Je suis partie de mon département. Trop de souffrances. 

Quand ces moqueries sont faites au lycée, on n'a déjà plus la force de se battre. 

Je suis féministe, et je préfèrerais qu'on juge ma jupe trop courte et qu'on m'insulte sur cela, car cette jupe aurait été mon propre choix. Je ne peux pas changer de visage. Je ne peux pas changer de postérieur non plus.

Cet article, j'ai hésité longuement à l'écrire, car je ne veux pas le publier. La cybermoquerie est encore pire que celle de la rue. L'un comme l'autre, sous couvert d'anonymat, sont juste des défouloirs pour ceux qui croient qu'un corps musclé ou un visage agréable leur permet d'insulter celui ou celle qui n'a pas cette chance. 

Alors ce blog sur la nudité est un support parfait pour dire a quel point, habillées ou pas, les femmes qui subissent ces remarques se détestent, détestent leur reflet dans le miroir. Même quand on essaie de ne pas être influencées par la société, la télé, les réseaux sociaux. il y a toujours des abrutis pour nous le rappeler alors que tout ce qu'on demande, c'est d'être ignorée. 

 

Cat

2 mai 2015

Nadia

Les hurlements des chiens la poursuivent dans le noir. Nadia court à travers les bois, tenant les pans de sa robe qui se prennent aux ronces presque à chaque pas. L'adrénaline coule a flot dans ses veines, elle sait que ses jambes sont à présent son seul salut. Elle voudrait pouvoir courir plus vite, mais comme dans un rêve, elle semble se mouvoir au ralenti. La lune est presque ronde et pleine, baignant la nuit d'une douce lumière argentée. Nadia prie pour que le ciel s'obscurcisse pour échapper à ses poursuivants.

L'émeute a éclaté en fin de soirée. Les grilles ont été forcées, les portes défoncées et le feu de la colère a commencé à brûler le palais. Elle se trouvait dans le jardin des Roses à ce moment-là, mais n'a pas échappé à la vue des Révolutionnaires.

Sa robe s'accroche dans un buisson, ses cheveux s'emmêlent dans les branches d'un arbrisseau. Elle laisse échapper un cri de désespoir. Le tissu ne lâche pas, elle est prisonnière. Les aboiements s'intensifient, ses assaillants ne sont plus très loin. Nadia ferme les yeux et commence une prière silencieuse. Perdue dans sa prière, elle ne remarque pas tout de suite le renard et le lièvre qui se tiennent à ses côtés, ni que le monde autour d'elle a changé.

Plus d'aboiements, de vociférations, plus de lune ronde dans le ciel noir ébène. Le sang tape toujours à ses tempes, et le calme est aussi angoissant que le bruit de la poursuite. Elle n'ose pas ouvrir les yeux, se demandant si son Dieu l'avait épargnée de la souffrance pour l'emmener directement au Paradis.

Un bruit, comme un petit froissement, l'alerte et elle ouvre soudain ses grands yeux marrons. Elle est toujours dans la forêt, mais il fait jour, un grand jour éclatant, si brillant qu'elle cligne des yeux plusieurs fois avant de discerner ce qui l'entoure. L'herbe autour d'elle est verte, absurde à cette époque de l'année en Russie. La panique la reprend, elle suffoque, voudrait s'enfuir mais ne trouve pas la force de bouger.

Le bruissement se fait de nouveau entendre sur sa droite. Il semble venir d'un buisson imposant aux baies aussi rouges que ses lèvres.

"Qui est-la?" Sa voix est à peine audible, tremblante.

Un soupir, puis deux petits rires s'élèvent du buisson. Elle s'empare d'un bâton comme protection, tenu comme une épée. Après une légère agitation, les espions sortent à découvert d'une roulade synchronisée. De surprise, elle abaisse sa garde.

Devant elle se trouvent deux femmes, si menues qu'elles pourraient être prises pour des enfants, si ridées qu'elles paraissent avoir cent ans, si belles qu'elles peuvent être dans la force de l'âge. L'une d'elle se résume en d'immenses yeux noirs rappelant ceux d'une renarde, accentués par le roux flamboyant de ses cheveux. La seconde porte une magnifique chevelure gris cendré , surmontée d'un chapeau paraissant ridiculement petit sur la foison de boucles qui tombent en cascade jusqu'à sa taille. Leur regard est malicieux, leur sourire amical, leur attitude apaisante. Nadia esquive un mouvement en arrière. Elle ne comprend pas ce qu'il se passe, la sensation est trop réelle pour que ce soit un rêve.

"Mon enfant, enfin vous voici! s'écrit la Renarde d'une voix fluette.

"Qui êtes vous? demande la jeune fille. Me connaissez vous, et par quel enchantement suis-je arrivée ici?" Sa voix se fait plus audible, mais ses genoux flanchent encore sous elle. 

La seconde fée éclate d'un rire cristallin, avant de s'approcher de Nadia et de la prendre par les épaules.

"Mais ma chère, nous vous attendons depuis des années! Des années où nous vous avons regardée grandir, éclore, fleurir pour devenir la magnifique jeune fille que vous êtes!

"Magnifique? elle s'étonne. Je n'ai que mes yeux pour moi. Je n'ai jamais attiré les flatteries que par mon rang ou mes toilettes, n'ai jamais eu la coquetterie d'être courtisée comme une jeune fille en fleur. Certes, la perspective de la jouissance de mon palais a attiré tous les nobliaux de Saint Pétersbourg, mais sûrement pas parce que je suis "magnifique" , je ne suis pas naïve. Veuillez m'expliquer comment suis-je arrivée ici!

Les deux fées se regardent, consternées, avant de se retourner pour se concerter à voix basse. Après un échange de chuchotis paraissant houleux, la Renarde soupire et se retourne vers Nadia.

"Mon enfant, venez, asseyons nous, et laissez moi vous conter une légende vieille comme le monde, vieille comme nous.

- Nous sommes des Lechi, des esprits de la Forêt. Nous sommes immortelles, et vivons dans votre monde exclusivement sous forme d'animaux. Je suis Svet la Renarde, et voici Macha la Haze. Il y a des centaines d'années de cela, la forêt s'est trouvée menacée par la bêtise humaine, et notre Mère à tous a décidé de créer des gardiennes, piochant parmi les âmes pures du monde réel. Nous sommes les deux premières Lechi. Nous veillons à l'équilibre fragile qui maintient la symbiose entre faune et flore.

Nadia ne peut détacher son regard de Svet. Pendant qu'elle parlait, la femme s'est de nouveau transformée en Renarde, assise bien droite, la queue enroulée autour de ses pattes. La jeune fille est médusée, en état de choc. Mais, comme un enchantement, elle est suspendue aux lèvres de la Gardienne.

"Tous les 433 ans, un cycle lunaire nous fait la faveur de la venue au monde d'une nouvelle Lechi. Il y a 20 ans, c'était toi. Nous t'avons choyée sans que tu le saches, nous t'avons observée dans les Jardins du Palais. Tu sentais l'appel de la Forêt sans savoir qu'il est l'essence même de ton être. Il est ton Destin.

L'esprit de la jeune fille s'évade soudain vers sa famille. Que sont-ils devenus? Se trouvent-ils dans ce monde-ci? La Haze lui lance un regard compatissant.

"Mon enfant, ne te tourmente pas de questions inutiles, tu ne peux plus rien pour eux à présent.

Une larme coule le long de sa joue tandis que Macha prend la suite du récit.

"Une prophétie millénaire annonce l'arrivée d'une biche, blessée de terribles souffrances, belle comme la nuit, orpheline, sauvée par notre Mère elle même. La tristesse dans ses yeux sauvera la Nature et apportera la Paix sur Terre. Nous t'avons attendue, Nadia, espérée depuis tant de temps. Car oui, tu es l'Espoir, Nadiejda la bien nommée.

Elle manque de défaillir. Elle, une fée de la Forêt? Elle doit vraiment délirer. Mais encore une fois, Macha écoute ses pensées et, d'un sourire affectueux, lève sa baguette.

"Si tu n'es pas celle que nous attendons, rien ne se passera. Sinon, je te souhaite la bienvenue parmi nous.

La baguette s'abaisse en fendant l'air. Nadia ressent la chaleur se répandre dans tout son corps, le tourbillons de ses pensées s'apaisent, seules les questions vitales restent et flottent devant ses yeux comme un mantra. Sa mémoire se calme, son existence humaine reléguée parmi les rêves absurdes. Ses membres s'allongent, sa peau devient une belle fourrure couleur noisette, ses yeux se cernent de noir.

En une minute, une biche se tient à sa place, majestueuse, princière, fière. Elle esquisse une révérence face aux deux fées agenouillées devant elle.

"Bienvenue dans ta nouvelle vie, Espérance. Nous sommes prêtes à te guider.

 

à suivre

 

28 octobre 2014

coeur brisé

Chouette chouette chouette !! Les valises sont bouclées, posées dans l’entrée, il fait beau et chaud, ce sont les vacances !! Je suis trop content, je cours partout, tellement partout que j’ai failli renverser un vase, et ma maman m’a grondé… j’ai fait la tête quelques minutes, mais c’est plus fort que moi, je me sens tout excité. J’ai 6 ans maintenant, et je ne suis jamais parti en vacances. Alors quand j’ai compris qu’on partait deux semaines à la plage, c’était le plus beau jour de ma vie !

Papa a chargé les valises maintenant, on fait tous le tour de la maison pour tout éteindre, et vérifier qu’on a rien oublié. Rolala, j’espère que je n’aurais pas trop peur des vagues, j’aime bien l’eau, mais je suis pas sur de bien savoir nager… Maman me dit d’aller dans le jardin, elle en a marre que je sois dans ses jambes. Je saute partout, je crie, c’est trop bien les vacances !

On monte enfin dans la voiture. Je me cale sur la banquette entre deux valises, faut dire qu’on a emporté pleins de choses, inutiles pour la plupart, mais c’est aussi ça les vacances. Ca sent déjà la crème solaire, et les glaces qui dégoulinent au soleil, enfin j’en ai déjà l’impression. Papa met la voiture en marche, et c’est parti !

Il fait chaud sur l’autoroute, mais maman veut pas trop ouvrir la fenêtre. Dommage, j’ai bien besoin d’un peu d’air ! J’ai envie de faire pipi, mais maman  a dit qu’on irait bientôt, alors je me retiens, mais c’est dur ! Alors je pleure un peu, et là c’est papa qui me gronde. Décidément, les vacances commencent pas très bien.

Le trajet est trop long, mais on finit par s’arrêter. Je me précipite dehors dès que maman ouvre la portière. Ca fait du bien de pouvoir se dégourdir un peu ! Je cours un peu partout autour de la voiture, puis je choisis un endroit pour faire pipi. Pendant que je me soulage, j’entends la portière se refermer, mais je ne vois plus maman. Je me retourne vite, et je vois que la voiture s’en va. Mais pourquoi ?? Maman ! Tu m’oublies ! Papa, arrêtes toi ! Où vous allez sans moi ?

Des gens qui mangent sous les arbres me regardent avec pitié. Je me mets à courir après la voiture comme un fou, mais je ne la rattrape pas. J’ai beau aboyer, maman ne regarde pas dans le rétroviseur. Alors je m’assoie sur la route, et je pleure, je couine, j’aboie, mais mes parents ne feront jamais demi-tour. Après 6 ans à être choyé, grondé parfois quand je faisais des bêtises, à être aimé, tout s’effondre, ils ne sont plus là. Je serais mort pour eux, j’aurais tué pour les protéger, mais là, ce sont eux qui m’ont transpercé le cœur. Je me couche sur le bord de la route, effondré, trahi, comme mort à l’intérieur.

 

Ca fait 2 ans maintenant que je vis sur cette aire d’autoroute. Je n’ai plus mon beau pelage tout doux que maman brossait parfois. Je suis maigre, je ne mange que ce que les gens laissent dans les poubelles, parfois ce qu’ils me donnent s’ils n’ont pas trop peur de moi. Je déteste les Humains, mais ma faim est supérieure à ma haine, et je me retrouve encore et toujours à la merci de ces tyrans, à quémander pour un bout de pain. Mon cœur ne s’est jamais réparé, je n’attends plus que de mourir ici, peut être cet hiver, sous la neige et le froid, me demandant encore et toujours ce que je leur ai fait pour mériter cette vie, une vie de chien…

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28 octobre 2014

cat la panthère

RolePlay pour un jeu en ligne, avec version courte adaptée au profil joueur, et une version romancée forum.

 

 

 

Catwoman, l’Ange Déchue
Autrefois Ange au service des Archanges du Paradis, son amour pour un démon lui valu d’être déchue et condamnée à l’exil pour avoir provoqué une guerre entre le Bien et le Mal. Rendue métamorphe par son amant, elle vit désormais sous sa forme animale, une panthère ailée. Elle parcourt l’Univers pour rendre la justice, et cherche en vain à venger son amour perdu. La légende raconte que sa fourrure change de motifs et de couleur suivant ses humeurs, mais qu’elle ne tue que sous sa forme primitive de panthère des neiges.

 

 

 

Assise sur son promontoire, les ailes sagement repliées autour d’elle, Cat observait la lande qui s’étendait sous ses yeux. Elle se sentait un peu mélancolique, mais un autre sentiment faisait s’accélérer son pouls. Elle était libre, totalement libre. Après des centaines d’années au service des archanges du Paradis, elle avait fauté, et avait dû en payer le prix fort. Elle savait au fond d’elle ce qu’elle encourait, mais l’attrait avait été trop fort. Séduite par un démon qu’elle combattait, elle avait cédé à cette tentation, péché ultime sur Terre comme au Paradis.
Elle soupira à ce souvenir. Elle ne regrettait en rien son acte. L’Amour est un Dieu bien capricieux et aussi terriblement farceur, mais impossible de résister à son sort. De son union avec ce Démon, la frontière entre le Bien et le Mal s’était retrouvée floutée, le monde manichéen s’était effondré, et une guerre sans merci avait débuté. Elle s’était retrouvée chassée sans ménagement du Paradis, sous les foudres de la colère divine, privée de ses pouvoirs et déchue de son statut d’Ange, abandonnée à son propre sort. Ni un Ange, ni un démon, elle ne serait chez elle nulle part, condamnée à errer entre le Bien et le Mal. Mais elle cachait quelque chose au fond d’elle, une chose extraordinaire que personne d’autre n’avait expérimentée avant eux : son démon était un Métamorphe, et il lui avait transmis son don. Il lui avait permis de découvrir le vrai fond de sa personnalité, qui se révélait au grand jour lorsqu’elle se métamorphosait. Elle avait toujours su qu’elle n’incarnait pas le Bien comme les Dieux l’entendaient. Elle sentait ce côté félin, chasseur, cruel par moment, bouillir au fond de son âme. Elle ne vivait plus que sous sa forme animale, elle n’avait plus besoin de faire semblant, et ce sentiment faisait couler l’adrénaline dans ses veines.
Elle se leva lentement au bord de la corniche. L’horizon rougeoyait sous le soleil couchant. Elle déplia les ailes, et d’une impulsion, la panthère ailée pris son envol, sans aucun regret de son ancienne vie.

27 septembre 2014

Songe d'une Nymphe

La lune posait son premier rayon sur les arbres endormis. Tapi dans un buisson, il attendait celle qui faisait battre son coeur. La clairière était silencieuse, mais d'un silence animal, celui des pas d'une souris, celui des ailes de la chouette, celui du vent caressant les feuilles. Il était assourdi par le bruit de sa propre respiration, haletante d'impatience. Si belle, si envoûtante, elle ne cessait de se dérober à lui, et pourtant, oui, pourtant, elle avait cédé, et il allait la retrouver ici, à minuit précisément, l'heure de tous les enchantements et maléfices.

Un bruissement le fit sursauter. Elle se tenait là, en face de lui. Comment était elle arrivée là, il ne le savait pas. Comme une apparition, magnifique, et entièrement nue. Elle s'offrait à ses yeux, sans condition. La lune courait sur sa peau laiteuse, et ajoutait des reflets d'argent à ses longs cheveux couleur miel. Ses yeux verts le regardaient, aucune hésitation ne s'y lisait. Il avait le souffle coupé. Hypnotisé. L'envie d'elle en était presque douloureuse. Il fit un pas en avant et sortit du couvert des fourrés. Elle ne bougeait pas, immobile dans sa splendeur, consciente de son pouvoir sur lui. Il était littéralement attiré vers elle comme un aimant. Il sentait qu'elle l'avait choisi, qu'elle le laisserait être son amant ce soir, ici, avec les étoiles comme témoins.

Il n'était qu'à quelques centimètres d'elle maintenant, il pouvait sentir l'odeur fruitée de son parfum. Il n'osait la toucher, de peur que ce mirage ne s'évanouisse, mais ses tétons dressés l'appelaient, il ne put résister plus longtemps et posa ses mains sur elle. Elle ferma les yeux en gémissant. Il se retrouva nu sans savoir comment. Mais cela lui importait bien peu. Sa virilité mise à jour, le désir le rendait fou. Sa bouche prit la sienne, sa main se glissa dans ses cheveux soyeux, puis le long de son corps ferme et doux. Il la coucha sur la mousse humide de la clairière. Quand il la pénétra, le monde autour d'eux cessa d'exister.


Il bougeait au dessus d'elle, et elle ne pouvait retenir ses gémissements. Elle l'avait choisi pour être son mâle reproducteur, l'heure était venue. Son choix s'était avéré judicieux, il avait une carrure magnifique. Elle resserra ses jambes autour de son dos puissant, l'entrainant encore plus loin en elle. Le plaisir qu'elle en retirait était inattendu. Tout son corps vibrait sous les coups de reins de son amant. Sa respiration s'était calée sur la sienne, son rythme suivait son rythme. Ils étaient reliés, et le seraient bientôt à jamais.


Son corps était délicieux, ses courbes parfaites. Elle était un mélange de confiance et de timidité, d'expérience et de chasteté. La tête lui tournait, le désir était tellement intense! Il accéléra le rythme sans s'en rendre compte, flirtant avec les limites, l'entrainant dans sa valse animale. Son corps se tendit sous l'assaut de la jouissance, le plaisir les submergea au même moment, une seconde d'éternité suspendue dans l'espace-temps, et il sentit une douleur lui transpercer le coeur avant de perdre conscience.

Elle recouvrait peu à peu ses esprits. Il était toujours en elle, sûrement endormi, plus probablement inconscient. Elle repoussa son lourd corps à côté d'elle, et se leva, chancelante sur ses longues jambes. Elle venait de vivre l'un des meilleurs moments de sa vie, elle ne l'aurait jamais cru. Elle se demanda comment vivre sans plus jamais retrouver ce plaisir charnel, mais tel était son destin.

Elle jeta un dernier regard sur son amant éternel. Demain, il se réveillerait nu, et sans aucun souvenir de cette nuit magique. Elle, au contraire, ne pourrait jamais l'oublier. Sans un bruit, comme elle était arrivée, elle repartit pour son monde parallèle, épanouie, complète, et comblée.

 

Gauche

nymp

25 septembre 2014

Julie

Le bar est presque désert à cette heure-ci. Seuls quelques habitués jouent au billard dans le fond, et un groupe de jeunes rit bruyamment en terrasse. Julie s’y est arrêtée parce qu’elle ne savait pas où aller. Rentrer à la maison ? Elle n’en a pas la force. Passer au bureau, faire semblant d’avoir un dossier à finir pour justifier sa présence sur un jour de repos ? Inutile. Elle ne veut pas affronter les regards, les interrogations. Son monde, bien rangé, bien stable, bien millimétré, vient de s’écrouler. Elle ne pleure pas, non, elle ne sait pas faire. Ca ne fait pas partie de son éducation à la dure, par son militaire de père. Elle ne lui en a jamais voulu, ça non, elle lui doit sûrement sa détermination et ses aptitudes à la barre, ces qualités qui ont fait d’elle l’avocate renommée qu’elle est. Mais il n’est plus question de plaidoyer aujourd’hui. Les salles d’audience lui paraissent même venir d’un autre monde.

La serveuse vient la sortir de sa torpeur. Elle regarde fixement depuis 20 minutes maintenant, l’esprit vide.

« Madame ? Je vous sers autre chose peut-être ?

« Une autre vodka. Double, 2 glaçons. La même chose quoi…

La serveuse hésite.

« Vous êtes sûre que tout va bien Madame ? Vous voulez que je contacte quelqu’un pour vous ?

Julie lui lance un regard meurtrier. Elle n’a pas besoin de quelqu’un. Elle n’a pas besoin de la pitié de cette fille de 20 ans aux cheveux plats et au teint brouillé. Elle a juste besoin d’une autre double vodka. La serveuse n’est pas bête, elle bat rapidement en retraite derrière le bar. Julie se fiche de savoir ce qu’elle pense d’elle. Plus rien n’a d’importance.

Elle ne peut s’empêcher de ressasser cette phrase, ce couperet qui a mis fin à son monde. 7 mots. 7 mots totalement banals, s’ils sont mis dans un autre contexte, ou séparément dans plusieurs phrases. Mais dans un cabinet médical, ces mots tuent. Littéralement.

La vodka arrive, elle la vide à moitié en un trait. La brûlure du liquide la revivifie un instant, mais pas assez. Du coin de l’œil, elle voit un des jeunes la fixer, il doit se demander ce que fait cette femme en tailleur, vidant des vodkas seule en plein après-midi. « Cette femme se tue ! » a-t-elle envie de lui crier.

La serveuse revient à la charge.

« Heu, Madame, excusez moi de vous déranger de nouveau, mais, si je peux me permettre, vous ne devriez pas boire dans votre état…

Julie n’en croit pas ses oreilles. Comment ose-t-elle !

« Non, vous ne pouvez pas vous permettre. Et si vous voulez garder votre emploi, c’est la dernière fois que vous vous permettez de me parler d’autre chose que de vodka !

Elle sait de quoi elle a l’air. Mais elle s’en fiche. Là, elle donnerait tout pour retrouver le bonheur qu’elle a ressenti il y a 2 mois. 2 mois seulement, il lui semble que c’était il y a une éternité. Un ++ sur un bâtonnet, une embrassade avec son mari, fou de joie de devenir papa, le bonheur au creux de leurs mains. Les bodys ont commencé à s’entasser dans les placards, le berceau et la poussette sont arrivés la semaine d’avant. Oui mais voilà, il avait fallu qu’elle ait cette douleur à la cuisse. En rentrant du boulot après une journée éreintante, elle ne supportait plus ses talons. Elle pensait s’être claquée un muscle. Elle a été consulter. Elle aurait voulu ne jamais savoir.

Sa vision commence à se brouiller, son verre tangue devant elle. Les sons du bar se font plus incisifs, le mal de tête la guette. Les mots continuent de résonner à ses oreilles. « Il vous reste 3 mois à vivre ». L’oncologue paraissait vraiment désolé pour elle. Elle se souvient d’avoir eu envie de le frapper. Au lieu de ça, elle s’était levée, et avait quitté le cabinet malgré les injonctions du docteur pour qu’elle reste. Puis, elle était venue dans ce bar. 3 mois. Ridicule. Ca ne pouvait pas être réel. Son bébé serait à 5 mois, elle ne peut pas l’abandonner comme ça. Pourtant au fond d’elle, elle sait que c’est vrai. Cancer des os. Elle s’était aperçu qu’elle avait mal aux mains, et aux pieds aussi, un peu partout dans son corps. Elle avait mis ça sur le compte de la grossesse et de la surcharge de travail. Mais un cancer généralisé ? Le médecin était tombé des nues. Pourtant, le scanner ne mentait pas. Il n’avait jamais vu quelqu’un vivre aussi bien avec autant de tumeurs. Aucun signe avant coureur. La fatalité pure. Trop tard pour faire quoi que ce soit. Presque trop tard pour le savoir avant la fin. Qu’elle ait pu tomber enceinte dans cet état pourrait être qualifié de miracle, s’il n’y avait pas eu cette terrible issue.

La nausée vient s’inviter avec la vodka. Elle se sent terriblement mal. Elle perd le fil de ses pensées, s’égare dans les méandres du ressentiment et de la colère. Elle ne peut plus rester ici, elle se sent oppressée. Les rires l’agressent, le regard de la serveuse la brûle, il faut qu’elle sorte, qu’elle quitte cette réalité. Elle vide son porte feuille sur la table, elle ne sait pas si c’est suffisant ou carrément trop ou pas assez, elle s’en moque. Une fois sur le trottoir, elle prend une bouffée d’air en fermant les yeux. Quand elle les rouvre, une larme unique coule sur sa joue. Elle sait ce que sera la suite.

 

Etienne tourne sur le boulevard dans son camion de livraison. Il chante à tue tête, cette chanson lui plait beaucoup. Sans quitter les yeux de la route, il augmente encore le volume. Il aperçoit alors cette jeune femme brune en tailleur au bord de la route, elle semble attendre quelqu’un. Son petit ventre rond ne fait aucun mystère sur sa grossesse. Quand, arrivé à sa hauteur, elle fait un pas en avant et se retrouve sur sa trajectoire, il ne peut rien faire, à part entendre le bruit sourd de sa vie à lui qui se brise.

 

18 septembre 2014

Princesse Nahéma

bonjour bonjour!

Pour ce premier article, je vais dépoussiérer un peu un vieux défi d'écriture fait dans une vie bloggesque antérieure ^^ Voici un conte moderne revisité par Cat, avec des mots imposés à placer. Enjoy :)

 

 

 

            Il était une fois, une jolie princesse appelée Nahema. Elle vivait dans un château d'or blanc sur les bords de la Mer Rimosa, réputée pour sa barrière de corail couleur aubergine, qui enserrait l'île Opalia, aux longues plages de sable blanc. Les gens venaient du monde entier admirer les reflets violine au fond de l'eau translucide, et Nahema aimait par dessus tout flâner le long de l'eau, ses cheveux auburn au vent, ses yeux verts étincelants d'intelligence et d'amour de la vie.

Sa mère, la belle reine Astrée, était morte en couche 19 ans plus tôt, et la nation continuait à pleurer leur souveraine adorée. Son père, le Roi Alberic, régnait avec sagesse sur tout l'île depuis 34 ans. A ses yeux, rien n'était plus beau que sa fille unique, perle parmi les perles. Mais ce qui le rendait triste, c'était le manque de prétendants sérieux pour elle sur cette île.

Nahema, pourtant, ne semblait pas s'en préoccuper. Avec son amie Asao l'hirondelle qui ne la quittait jamais, elle préférait s'adonner à sa passion: la photographie. La princesse était très douée, et avait déjà ouvert sa propre galerie, comme une vraie photographe professionnelle. Mais son statut de princesse ne lui permettait pas d'exercer un métier, même artistique.

Un soir, alors qu'elle était seule dans sa galerie à classer des photos, un claquement à l'extérieur lui fit lever la tête de son ouvrage. Remplie de frayeur, Asao me mit à voler tout autour de la pièce. Nahema sut que cette mise en garde de son amie était sérieuse, elle faisait confiance à son instinct de survie depuis qu'elle l'avait sauvée en l'empêchant de toucher une grenouille dendrobate, la plus mortelle du Monde.

Le claquement reprit. Nahema se leva et alla sur la pointe des pieds jusqu'à la fenêtre. Et ce qu'elle vit remplit son coeur d'un sentiment étrange qu'elle ne connaissait ni ne comprenait.

Dans la rue à quelques mètres, à la lueur d'un lampadaire, une silhouette familière mais pourtant inconnue déchargeait un petit camion. La princesse lut 'Ets Bogliasco, forgeron de père en fils'. Ce nom ne lui disait rien du tout. 'Sûrement un Sudiste' pensa-t-elle. Son attention se reporta sur la silhouette, et elle put voir la perfection des courbes que masquaient un pantalon de travail et une chemise à moitié ouverte. L'homme, se sentant observé, se retourna vers sa fenêtre et leur regard se croisa. Elle put observer ses cheveux bruns tirant sur le roux, et un éclat vert illuminait ses yeux gris. Elle sentit son pouls s'emballer lorsqu'il esquissa un petit sourire. Il jeta un bref coup d'oeil à la devanture de sa galerie, comme pour s'enquérir du nom de la jeune fille, puis retourna à son ouvrage.

Asao tira la princesse de ses pensées en venant s'écraser contre la vitre. Elle ne s'était toujours pas calmée malgré l'absence apparente de danger. Nahema, à contrecœur, retourna à ses planches, essayant d'oublier le trouble insensé qu'elle ressentait. Heureusement, la nuit effaça les derniers émois et elle n'y pris plus garde.

Cependant, le destin en avait décidé autrement. Un matin d'été, quelques semaines après, alors qu'elle faisait un shooting sur la plage avec sa cousine Tiara, son modèle préféré, avec sa belle chevelure d'or qui semblait capter chaque rayon de soleil, elle vit passer sur la route le même camion où était attelée une caravane. Ainsi, l'inconnu semblait s'installer dans la région. Son visage si blanc d'habitude se teinta de rose, et sa cousine ne put qu'observer ce trouble sans en connaître l'origine. Elle l'exhorta à se confier, et, autour d'un plat de macaroni à la terrasse d'un restaurant, Nahema lui raconta le peu qui causait ce trouble. Tiara explosa de son rire cristallin et comprit vite que sa belle cousine couronnée était tombée amoureuse pour la première fois, d'une silhouette dans une rue. Nahema nia avec véhémence, mais comprit en même temps que l'avertissement d'Asao n'était pas contre l'inconnu, mais contre ses propres sentiments. Pour changer de sujet, elle prétexta de devoir aller au petit coin pour pouvoir reprendre ses esprits et échapper aux moqueries de Tiara.

Cet homme devint une obsession. Elle alla trouver son père, qui écouta sa chère fille avec un mélange de contentement et de tristesse. Content qu'elle s'intéresse enfin aux hommes pour lui donner un héritier mâle, mais triste qu'elle se fut entichée d'un forgeron. Le Roi Alberic ordonna sur le champ une enquête, et ce que découvrirent ses espions dépassa tout ce qu'il aurait pu imaginer.

Car ce que cet homme fort bon ne savait pas, c'est que Finn Bogliasco n'était pas un forgeron banal. Originaire de l'île de Calizia , voisine de celle d'Opalia, il était arrivé sans un sou dans une station balnéaire du sud d'Opalia. Après des petits boulots, il avait fini par s'installer à son compte en tant que forgeron. Mais il ne forgeât jamais rien. Jamais on n'entendît les coups de marteau, jamais on ne vît ses oeuvres. Alors que les rumeurs s’amplifiaient autour de son oisiveté , il plia bagages pour arriver dans la capitale, presque au pied du château. Il avait installé sa caravane près d'une déchetterie, loin de tout voisinage. Lorsque les espions du Roi planquèrent près de sa caravane, ils assistèrent à un spectacle étonnant: Finn, seul devant son miroir, sortit d'un placard une magnifique couronne d'or blanc cernée d'améthystes, puis la posa solennellement sur sa tête. Il s'observa quelques instants, avant de soupirer et de la reposer. Puis ce fut au tour d'une paire de boucles d'oreilles d'être sortie du placard. Elles étaient également en or blanc, avec une seule améthyste en forme de larme. Finn les regarda avec amour, puis les reposa dans leur écrin.

Les espions rentrèrent pied au plancher au château le soir même et demandèrent audience immédiate au Roi. Après un entretien animé, le Roi sortit précipitamment pour le garage, et les serviteurs entendirent rugir le moteur de la moto royale. Nahema, ayant assisté à toute cette agitation, n'y comprenait rien.

Son père rentra quelques heures plus tard, une ride de souci et de fatigue barrant son front d'habitude si lisse. A sa suite se trouvait l'inconnu. Son père les invita à se diriger vers son salon privé, signe que l'heure était grave. Nahema ne savait comment réagir et n'était pas à l'aise d'être si proche de celui qui hantait ses nuits. Après un long silence gêné où personne ne savait où regarder, le Roi prit la parole, sa voix claire et puissante altérée par un léger trémolo:

" Ma chère fille, je m'efforcerai de vous faire un résumé exhaustif de tout ce que j'ai appris en ce soir, ainsi que ce que j'aurai dû vous apprendre depuis tant d'années. Je ne sais par où commencer, ceci dépasse l'entendement quand on croit quelque chose enfouie à jamais. Voilà 20 ans, votre très chère mère Astrée tombait enceinte. Mais cette grossesse, célébrée dans tout Opalia, était menacée par une prophétie vieille de milliers d'années. Cette prophétie annonçait que l'arrivée de deux Opaliens simultanément conduirait au deuil de la nation, et si celui qui en était responsable vivait sur l'île avant ses 18 ans, tout l'île disparaîtrait, engloutie par les flots de la colère divine. La reine mourut en couche, non pas par votre naissance, chère Nahema, mais par celle de votre frère jumeau. Nous exilâmes alors le nouveau né sur une île voisine, et il fut confié à la bonté du couple Bogliasco." Le Roi se tut devant l'air horrifié de sa fille. Finn, lui, fixait le sol. Son visage était impassible. Le Roi reprit la parole. "Je veillais à ce que mon garçon ne manque de rien, car la douleur de me séparer de mon héritier légitime m'était aussi vive que la perte de ma femme adorée, mais je ne me présentais jamais à lui. Il reçu en présent de son 18ème anniversaire la couronne que portait votre mère le jour de notre bienheureux mariage, ainsi que les pendants d'oreilles de ce même jour. C'est ce qui a trahi sa présence sur notre île, car mes espions ont vite fait de remarquer nos emblèmes, ainsi que la similitude avec ma propre couronne. L'or blanc et les améthystes sont la marque des Opaliens, symboles de nos plages ainsi que de notre corail, mais seul un Opaliens de sang royal pouvait en posséder. Ma fille, ne pleurez donc pas, car cet amour que vous m'aviez décrit l'autre jour ne peut être que de l'amour fraternel, les liens unissant les jumeaux sont incompréhensibles. Votre bon coeur a su le reconnaître au premier coup d'oeil, et je remercie le ciel que ce terrible sort soit enfin conjuré. Malgré la douleur toujours vive de l'absence de votre mère, notre famille est de nouveau complète et mon héritier peut enfin retrouver les honneurs qu'impliquent son rang! Réjouissons nous, mes enfants!"

Nahema ne pouvait cependant pas se réjouir. Le choc était trop violent pour son coeur de jeune adulte. Les jours qui suivirent, elle passa le plus clair de son temps sur la plage, sous un cocotier avec Asao, sans parler à qui que ce soit. Mais au fond, elle savait qu'elle était reliée à Finn, ce frère qu'elle venait de rencontrer, ce parfait inconnu qui pourtant semblait encré dans son coeur, qu'elle aimait déjà malgré elle. Après deux semaines de violente bataille de sentiments contradictoires en son coeur, l'amour fraternel prit le dessus et elle se joignit à tout Opalia pour fêter le retour de l'héritier de la couronne.

 

      26ans plus tard, Finn, qui avait la bonté de coeur de sa soeur et la sagesse de son père, monta sur le trône d'Opalia, acclamé par la foule, sa soeur se tenant fièrement à ses côtés. Deux enfants jouaient plus loin, fruit de l'union de Nahema et de Graham, 'cousin' adoptif du Roi Finn pendant son exil à Calizia. Opalia continua à prospérer dans la joie, et plus aucune prophétie ne vient troubler la famille royale.

 

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